Je me décide ( enfin

) à vous parler de notre livre qui entre tout à fait dans l'esprit de ce forum.
Je vous en parle donc: une façon de remercier toutes les personnes si généreuses de ce forum

Nous avons choisi, mon co-auteur et moi-même de partir à la rencontre d'un jeune-homme nommé Michel de St Rémy, célèbre dans le monde entier, plus de cinq cents ans après sa naissance sous le nom de Nostradamus. Ce ne sont pas ses Centuries, que chacun continue d'essayer de décrypter à chaque nouvelle catastrophe

qui nous ont intéressées mais "l'homme et ses dons" à une époque, celle de la Renaissance, où il ne faisait pas bon "chercher hors l'Eglise". C'était la période de l'Inquisition où l'on brûlait quiconque refusait de penser que la terre n'était pas au centre du monde.
Ce livre mêle fiction et vérités historiques. Un journaliste l'a défini comme un docu-fiction.

Des jeunes-gens le lisent comme un "cape et d'épée". Certains comme une histoire romanesque ( amour-passion-intrigues que je ne vous révélerai pas ici ...

) D'autres comme un roman initiatique et même un roman historique !

Des historiens ont avoué, après la lecture, ne plus savoir où était la fiction et où était la réalité... Bref ! Chacun y trouve ce qu'il doit y trouver. Et ceci pour nous ( les auteurs) est ce qui compte

Je vous ai choisi une scène où notre héros, Michel de St Rémy, rencontre des jeunes étudiants en médecine, donc en Astrologie, celle-ci étant à l'époque partie intégrante de l'enseignement de la médecine.
" - Revenons à l'analyse du thème astral, reprit l'insolent. Notre rôle serait donc de prévenir plutôt que guérir. Mais, alors quid des calamités, quid des épidémies, qui fauchent les victimes par milliers, sans distinction ?
- Eh bien j'ai une réponse, mais je ne la dirai point ! Vous seriez obligé de courir à confesse après l'avoir entendue !
Tous éclatèrent de rire, avant que de se faire suppliants.
- Le zodiaque que nous utilisons compte sept planètes. Toutes rapides, hormis Saturne dont le cycle est de trente ans. Ces sept planètes suffisent à déterminer le destin d'un individu dont le cycle vital est bref, enchaîna Michel. Mais qu'en est-il des sociétés dont les cycles sont plus longs qu'une vie humaine ? Et du monde dont les cycles sont séculaires ? Les calamités que tu évoques ne sauraient être le fait d'un seul individu. L'être humain, en lui-même, n'est que partie d'un ensemble. Quelles planètes régissent cette ensemble ? Quelles planètes lentes dont les cycles président aux mutations profondes de notre monde et de nos sociétés ? Quelles planètes lentes qui font pourtant les bouleversements de l'histoire des hommes !
Les étudiants échangèrent des regards déconcertés.
- Est-ce parce que nous ne les voyons pas qu'elles n'existent pas ?
- Tant que nous ne les voyons pas , elles n'existent pas, trancha le jeune-homme à la mine austère. Et, quand bien même ! les verrons-nous jamais !
- Bien sûr que oui ! Avec des lunettes !
L'auditoire resta interdit.
- Je sais, s'amusa Michel. Vous me croyez gris, et je le suis un peu, mais réfléchissez-y. Nous savons bien fabriquer des lunettes pour voir de près. Pourquoi ne saurions-nous en fabriquer pour voir de loin. Peut-être en couplant une lentille concave et une lentille convexe, dans un tube qui permettrait de concentrer la visée.
- Mettons Doctor, mettons, intervint un jeune-homme qui s'était tu jusqu'à présent. Mais alors combien seraient ces planètes ? Où résideraient-elle ? Dans quelle sphère ? A quelles destinées présideraient-elles ?
Michel dévisagea ce garçon d'une vingtaine d'années, qui se posait soudain avec évidence comme l'esprit le plus acéré de la tablée. Il vit un jeune-homme maigre, au regard vif et aux longs doigts nerveux, qui portait dignement des vêtements élimés, mais bien entretenus. Michel eut l'intuition qu'il n'était pas de la Faculté, au contraire de ses camarades.
- Déjà bachelier mon jeune ami ? demanda-t-il, assuré d'obtenir une réponse négative.
- Hélas, non, Doctor, déplora le jeune homme. Je ne suis que chirurgien barbier et je ne sais pas le latin.
- Notre ami Ambroise Paré passe ses jours à charcuter les cadavres en l'Hôtel-Dieu et il a la bonté de nous éclairer ensuite sur les méandres caverneux de la tripaille humaine, compléta le joufflu boute en train.
Michel se rappela que les dissections étaient en effet, depuis peu, autorisées à l'Hôtel Dieu, mais pratiquées sous le contrôle rigoureux des autorités ecclésiastiques. Il sourit à leur bonne humeur sans cesser d'observer le jeune Ambroise Paré.
- Ne te tracasse pas des études livresques, jeune-homme, glissa-t-il en se penchant vers lui. L'avenir est dans l'expérience vécue. Tu découvriras de grandes choses sur les champs de bataille.
Il ne savait pas d'où il tenait une telle certitude ni pourquoi il venait de faire cette promesse. Paré lui retourna un regard écarquillé.
- Voyons mes amis, poursuivit Michel. Quels facteurs bouleversent-ils nos sociétés ?
- Les guerres ! suggéra l'un.
- Les grands découvertes ! proposa un autre.
- Les grands penseurs ! affirma un troisième.
- Vous avez tout dit. Ce qui fait évoluer notre monde, lui imprimant une marque à long terme, ce sont les calamités, les progrès et les idéaux. Ne vous semblerait-il pas logique d'imaginer que les planètes régissent ces phénomènes qui influent sur l'humanité tout entière ?
- Logique, peut-être, à défaut d'être évident, accorda l'insolent. Et combien seraient ces planètes invisibles, sauf aux yeux de nos âmes avinées.
- Trois, vous l'avez dit. Une pour le progrès, une pour l'idéal, une pour la destruction.
- Mais comment les baptiser ces astres qui gouvernent nos rois et nos papes et notre multitude fourmillante ?
- Pour l'instant, contentons-nous de les appeler: le Grand Emulateur, le Grand Eveilleur et le Grand Effrayeur. Les noms que leur trouveront nos descendants seront très certainement accordés aux événements qu'ils présideront.
- Allons, Doctor, faites un effort, l'interpella l'insolent.
- Il ne m'appartient pas de nommer ce que le Tout-Puissant ne nous a pas encore permis de voir. Mais, par inclination naturelle, j'aimerais que Neptune en soit. Neptune, maître du Grand Tout et des ondes qui s'agitent inlassablement au rythme de la lune. Neptune qui commande à nos rêves et veille sur eux. Neptune, l'incomparable seigneur des délires éthyliques. etc...
Cette autre scène avec Paracelse, son ami, de qui Michel a beaucoup appris.
" A la fin du repas pantagruélique, Paracelse sortit de son pourpoint une petite boîte dont il tira un minuscule grain qu'il avala, le faisant passer d'une gorgée de vin. Remarquant la mine curieuse de Michel, il expliqua, jovial en se tapotant la panse:
- Un petit grain d'antimoine pour aider l'alchimiste !
L'intérêt de Michel pour ce personnage rabelaisien grimpa de plusieurs degrés, si c'était encore possible. Cela faisait longtemps qu'il avait acquis la conviction que l'on pouvait, pour soigner se servir des métaux, matières vivantes comme tout ce qui appartenait au cycle de la création. La difficulté résidait d'abord dans leur réduction à l'état de sel, de soufre ou de quintessence, ensuite dans l'ajustement de leurs dosages, enfin dans leur application selon le mal que l'on désirait soigner.
- N'employons pas l'antimoine en orfèvre, mais en médecin, poursuivit Paracelse. C'est bon pour tout: rhumatismes, goutte, vérole, rien n'y résiste. Essaie donc, sinon, je ne te vois pas tenir la soirée, mon petit frère.
Michel prit un grain dans la boîte que lui tendait le maître et l'avala. Il attendit, curieux, une part de son esprit épiant les effets de la préparation sur son "alchimiste", son estomac, l'autre captivée par le discours de Paracelse qui enchaînait aussi à l'aise que s'il s'était trouvé dans son salon plutôt que dans un lieu public.
- La Nature est une et son origine est une. Un vaste organisme dans lequel les choses naturelles s'harmonisent et sympathisent réciproquement. La macrocosme et le microcosme en font qu'un. Ils ne forment qu'une constellation, une influence, un souffle, une harmonie, un temps, un métal, un fruit. Voilà pourquoi, si le Christ a dit: scrutez les Ecritures, je dis, moi: scrutez les choses de la nature ! Il n'est rien de caché qui ne doive devenir manifeste."
Le titre: "Le Chemin de Nostradamus" par Dominique et Jérôme Nobécourt. Editions JC Lattès.